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Act 1 - Rose

Chapitre 9

Londres

Malgré mes lunettes de soleil j’ai du mal à garder les yeux ouverts tant le soleil de cette fin d’après-midi dans le quartier de Kensington à Londres est puissant. Chose qui m’a manquée dans cette journée, mais qui, comme une douceur de fin de repas, tend à égayer ce début de soirée. Installé à la terrasse du « The Devonshire Arms », je me pose pour la première fois devant ma machine et décide d’être honnête.

Tôt ce matin, je suis arrivé sur le sol anglais, et après avoir pris le train jusqu’à Londres, j’ai rejoint mon auberge de jeunesse pour y déposer mes affaires, manger un morceau et partir directement à la découverte du centre ville. J’ai fait quelques-unes des artères principales, mais seulement rapidement, je profiterai plus les prochains jours. Après, j’ai fait un tour à Hyde Park et suis venu me poser dans ce pub.

Des lettres, je t’en ai écrites déjà plein, mais celle-ci est particulière car je suis loin. Enfin loin, tout est relatif. Mais c’est avec toi que je devrais être ici.

Qu’importe, « c’est la vie », quelque chose comme ça. Alors que tu m’annonçais ton départ, je me suis retrouvé sans voix, à ne pas savoir comment t’expliquer ce qui me rongeait  depuis toutes ses semaines. Te rappelles-tu de notre dernier instant en bord de rivière ? L’ambiance y était tellement électrique, alors qu’une année avant nous avions beaucoup rit. Nous avions bu du bon vin avant d’enchaîner sur de superbes cocktails. Et c’est sur mon dos que je t’avais ramenée car tu avais mal aux pieds. Je n’ai peut-être pas été le meilleur des « non copains », mais j’ai essayé de faire attention à toi autant que mes névroses me le permettaient. Tu pourras m’en vouloir, mais tu ne peux pas dire que je n’ai jamais cherché à te pousser vers l’avant, à t’encourager et à croire en toi. Et malgré la colère qui maintenant m’habite, je n’arrive toujours pas à te détester. Et pourtant, j’aimerais tellement ça. Te souviens-tu donc de cette fin d’après-midi en bord de rivière ? Je me souviens de toute cette journée et je pense, malheureusement, m’en souvenir pour le reste de mes jours. Je pourrais boire toutes les liqueurs du monde que je n’arriverai pas à oublier. Je me rappelle de ce rendez-vous chez la psy, celui qui me détruira pour le reste de mes jours, celui où elle m’a rappelé un souvenir que mon cerveau avait parfaitement réussi à enterrer pendant 24 ans. C’est dingue comment un cerveau est puissant.

J’ai cogité tout le reste de la journée, puis je suis venu me poser sur ce banc à attendre que tu arrives. J’aurais tellement voulu reproduire cette magnifique soirée que nous avions vécue un printemps plus tôt. Nous avons bu, parlé, j’ai fait comme si tout était normal, et même si je t’ai avoué avoir eu une séance assez dure, je ne suis pas rentré dans les détails. J’avais tellement peur que ton regard sur moi change, même si avec un peu de recul, je sais que tu aurais pu m’aider, comme tu l’avais toujours fait par le passé. Puis nous sommes remontés en ville, nous avons bu des pintes, baisé, dormi. Au lendemain, latte soja et au revoir.

Nous avons tout gâché. Toi comme moi. Car même si c’est sur moi que tu as rejeté toute la faute, ton départ tu l’avais prévu, et tu t’y étais préparée. Et des erreurs, tu en as commises aussi. Qu’importe, je vais traverser cette ville que j’aurais dû traverser avec toi. J’espère y trouver ton coeur et, si un jour nous repartageons un moment, pouvoir te raconter ce que j’ai vu.