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Act 1 - Rose

Chapitre 2

Le tout est de savoir par où commencer.

le tout est de savoir par où commencer. 

C’est important de démarrer un récit avec une première phrase puissante, dans laquelle il est possible de retrouver toute la substance que va contenir l’histoire sans trop en dire pour ne pas briser le mystère. Alors, comme il ne nous reste que peu de temps, je tâcherai d’être concis.
Mais au final quelle importance de réfléchir pendant de longues heures à cette première phrase ? Nous allons TOUS crever mesdames et messieurs ! TOUS !
Je vais donc terminer cette oeuvre comme je l’ai commencée il y a un an et huit mois, libre, défait de toutes obligations, laissant rage, dégoût et amour se mélanger. Quand tu sais que le monde est en sursis, les perspectives d’avenir changent, et bizarrement, si elles se réduisent dans un sens, elles s’ouvrent dans d’autres.

Et je vous promets d’essayer de rendre votre dernier voyage le plus agréable possible, même s’il faut l’avouer, tout ne sera pas toujours drôle ou facile à entendre et le fait que je puisse terminer ma vie avec du sang sur mon costume Armani, en est l’ultime preuve. Mais n’est-ce pas ça la catharsis ? Au lieu de vous confesser auprès d’un prêtre, vivons ensemble cette expérience, allons derrière le soleil, faisons la paix avec nous-même, purgeons-nous de nos émotions, avant de disparaître. Au commencement, j’aurais espéré finir plus vieux, moins seul et amer. J’aurais espéré avoir la main de Rose dans la mienne, ses yeux pétillants, son coeur noble, son sourire pour lequel je me damnerais. Son odeur, son rire à vendre mon âme au diable et le reste. J’aurais voulu ne pas la regarder m’oublier, que nous dépassions nos colères et rancoeurs. Car, qu’on veuille se l’admettre ou non, nous avons été quelque chose de différent. Chacun d’entre vous dira ça de son histoire d’amour, mais avec Rose, il n’y a que la rupture, le jugement des autres et l’éloignement qui ont été classiques. Il arrive qu’à la lueur d’un matin d’hiver, une silhouette en contre jour encadrée par la fenêtre d’un appartement fasse chavirer votre vie.
Mais c’est devant la puissante que tout va se terminer. Devant ces vagues qui, depuis toutes ces dernières semaines où nous nous savions bientôt morts ont, elles, continué de vivre et exploser. Elles qui n’ont cessé d’être régies par le diktat de la lunaison, alors que c’est ce même cosmos qui nous a condamné. Prenez place dans le wagon, qui que vous soyez, et si vous avez la chance d’être entouré des gens que vous aimez, tenez-leur la main. Moi, Rose n’est pas venue, je vous conduirai donc de mes deux mains libres et tâcherai d’être votre lumière dans la nuit éternelle à venir.